Petite interview de Morgane Reynier, membre du jury du concours “Il était une fois un petit jeu de rôle”. Cette interview est menée par Tiramisù le 18 Avril 2020.

Merci Morgane de te prêter à cette petite interview. Pour commencer je vais te proposer de te présenter en quelques mots.

Eh bien, Morgane, GNiste, rôliste, autrice, j’aime le thé et les chats. Je suis intervenue sur la Cellule, au Stunfest, sur Ludologie une fois. Mais je suis une créature d’intérieur… Je sors peu 😀

Quels est ton parcours ludique et quels jeux de rôle t’ont profondément marquée ?

J’ai commencé le jdr en centre aéré. Un remix de D&D par un adorable mono. J’étais une enfant de 10 ans ^^ Ensuite j’ai fait du jdr par forum, longtemps (forumactif…). Et puis à 19 ans je suis tombée dans le grandeur nature. J’ai repris le jdr à peu près au même moment. Des classiques. 40k, L5R. Un jour j’ai rencontré Fabien Hildwein dans un bar. Il a parlé de la cellule, j’ai offert Sens à mon mari… Et ce fut la révolution. Je n’ai jamais arrêté le jdr ni le GN à partir de là. Les copains m’ont fait testé des choses formidables. Sens est une expérience folle. Mais j’aime aussi La saveur du Ciel et jardin des Esprits, ainsi que Amidst Endless Quiet.

Sens est un creuset philosophique. C’est lui qui m’a ouvert à la porosité jeu/réalité. La saveur du Ciel et jardin des esprits sont des merveilles d’intimité et de poésie. Et ils sont lumineux, bienveillants, parfois remuants. Quand à Amidst… On a vécu une partie invraisemblable, un vrai moment de Kubrick. C’est là que je me suis dit que le jdr pouvait envahir l’espace physique. Sortir du périmètre d’une table. Se rouler dans les feuilles !

Merci ! je trouve que ça en dit long sur ce à quoi tu es sensible.

Sens est un jeu de rôle très original mais pas forcément pour son dispositif qui reste classique : un meneur / des joueurs. Enfin, sauf si comme tu l’as fait on se met à le mener à deux. Tu veux bien nous raconter cette expérience ?

Avec mon mari, Maxime, on a découvert le jeu ensemble, lu ensemble, fait des théories ensemble… C’était un mouvement naturel que d’essayer de le masteriser ensemble. C’était génial. On se partageait les PNJ, les scènes, le travail de musique ou de mise en scène. Un joueur m’a dit longtemps après : je suis en train de lire le livre et j’entends ta voix quand Soren parle. Je suis devenue une guimauve. C’est un style de… Masterisation qui se prête bien aux jdr un peu fresque où les dialogues et les débats peuvent prendre beaucoup de place. Ça évite de se donner la réplique à soi même avec les PNJ, ce qui me dérange toujours un peu.

Tu crées des jeux depuis quelques années. Est ce que tu as déjà participé à un concours de création comme celui-ci ?

Euuuuh… Alors oui ET non 😀 Chrysalis est né du game chef 2015, mais avec une semaine de retard. Je me raconte 400 histoires avant et après je désespère qu’il faille faire des règles cohérentes. Tout cela décante très longtemps et puis brusquement, à 3h du matin, c’est parti. C’est un peu pénible ^^ J’admire les participant.e.s !

Chrysalis est un jeu qui a eu deux vies. Il se joue dans des sacs de couchage. Il permet de jouer les retrouvailles d’un groupe d’amis près de Seattle, pendant la guerre du Vietnam. Ils sont venus là se détendre, avec un peu de cannabis. Mais la guerre impacte tout le monde. Certains des 6 personnages pré tirés en reviennent. C’est un jeu de réconciliation. Les pré-tirés sont une modification importante, suite à un playtest qui avait bien capoté. Et qui s’appuie sur ma découverte des playbooks des jeux “propulsés par apocalypse”. Je vais me vanter un peu mais les sacs de couchage permettent de faire passer des émotions incroyables. Le moment où celui qui ne veut pas répondre se roule dedans… Personne ne le voit mais tout le monde l’entend. Ce sont des moments anodins… Et très puissants. Je suis heureuse de les avoir vécus.

Merci pour cette découverte !

Tu es autrice d’un jeu de rôle qui correspond tout à fait au thème de ce concours ! Comment dans Sur la Route de Chrysopée tires tu parti du fait de jouer à distance ?

C’est un jeu épistolaire, tu n’as pas le choix 😉 le but est de communiquer avec quelqu’un de lointain, qui ne peut s’appuyer que sur tes perceptions pour t’aider et te guider. Le système manque sans doute de fluidité, mais je voulais éviter l’écueil de De Profondis qui propose un exercice d’écriture sans aucune contrainte. Et les joueuses font des merveilles. Les lettres s’aggrementent de photos, de dessins, de tissus, de cartes… Je suis fascinée par ce qu’on invente pour faire des ponts entre nous. Pour témoigner d’une expérience très personnelle et la rendre accessible.

On y joue un voyageur et son maitre alchimiste, apprenant l’un de l’autre.

Oui, c’est un jeu sans MJ, chacun.e ayant de quoi soutenir l’autre dans une quête commune

Le jeu prend place dans un univers imaginaire, tu parles pourtant de photos envoyées ?

Oui. L’univers est fictif mais j’aimais l’idée que notre réalité y trouve sa place, ré racontée, ré enchantée, comme un poème ou un conte. L’alchimie est un voyage symbolique.

Depuis sa sortie, qu’est ce que les Archives Suspendues ont apporté à ton jeu ?

Outre mon plaisir personnel de prendre connaissance des aventures des joueuses ? Certaines quêtes ont inspiré d’autres aventures. Des lieux naissent ici, se retrouvent dans une autre correspondance… Le monde vit un peu tout seul. C’est tout ce que je pouvais souhaiter – un partage.

Tu as aussi créé un autre jeu de rôle à deux dont le déroulement résonne en ce moment avec la distanciation sociale : Into the Woods. Comment dans ce jeu mêles tu distance et intimité ?

Un esprit et un promeneur dans les bois vont construire une relation intime (pas forcément amoureuse). Elle est symbolisée par un ruban qui relie les joueurs et qui va se raccourcir a mesure que l’intimité augmente. Mais si les corps se touchent, même IRL, alors l’esprit disparaît, et le jeu prend fin. C’est la symboliques japonaise du ruban rouge qui relie les âmes qui s’aiment et l’animé Hotarubi no mori e qui ont inspiré ce jeu. Restez chez vous, respectez les distances 😉

Pour nourrir la relation, l’intimité, il faut ainsi faire bien attention à ne pas, même par mégarde, se toucher…

Sauf si, dans un élan commun, et qu’importe la fin, on choisit de le faire. Un geste d’amour n’est jamais un adieu.

Into the Woods propose de jouer en situation et avec les gestes, l’implication du corps, pratiques que l’on trouve dans les grandeurs natures. Quelles porosités entre jeux de rôle narrés et GN t’intéressent le plus ?

Définitivement, le fait que le corps ressente des sensations. Le lien entre émotions et sensation est une belle chose. Parfois, le corps parle en premier et j’aime l’idée qu’il ai la place de le faire.

Que le jeu le propose ?

Oui 🙂 Que le jeu offre cette possibilité aux 5 sens.

Au delà de Chrysopée, quelle est ta pratique des jeux de rôle à distance ?

En ce moment, énooooorme ! Je joue beaucoup par discord, en vocal ou par écrit. J’aime le conte, je trouve que cela s’en rapproche.

Tu nous a fait le plaisir et l’honneur de nous rejoindre en tant que jury dans ce concours ! Qu’attends-tu des jeux que tu vas découvrir ?

Des émotions, de l’audace. Des textes que l’on prend plaisir à lire à haute voix, qui sont des récits en soi. Des voyages, pour finir.

Merci beaucoup Morgane de t’être prêtée à cette petite interview !

Avec grand plaisir 🙂 Merci pour ce que vous allez nous offrir comme jeux et comme moments.

Inspirez vous bien !

Et respirez bien !

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