Pour cette édition 2026, nous vous proposons de faire un tour du jury grâce à de petites interviews pour mieux les connaître. Voici celle de Kinayla.
Merci de te prêter à cette petite interview. Pour commencer je vais te proposer de te présenter en quelques mots.
Je m’appelle Mélisande ou Kinayla Neypala. Ce qui est assez drôle, c’est que généralement les gens me connaissent soit par mon prénom via Facebook, soit par mon pseudonyme sur les forums et Discord. Ce qui engendre régulièrement des situations assez cocasses quand les personnes ne font pas le lien.
J’ai vogué dans plusieurs milieux avant de rejoindre celui du jeu de rôle : scoutisme, chorale, théâtre et même organisation de flash mobs (oui, vous avez bien lu).
Depuis que je suis tombée dans la marmite du jeu de rôle, je partage mon temps entre l’animation de communautés, l’organisation de concours et de jams (UnPetitJDR, 1100 Words TTRPG Kitchen Jam, les Dé-Fiches…), la rédaction d’articles sur D1000 & D100 et la création de scénarios, principalement pour CATS! La Mascarade.
Je suis également autrice, meneuse de jeu depuis plus de dix ans et présidente du FJDRA, l’association qui héberge notamment UnPetitJDR. D’ailleurs, j’ai rejoint le jury du concours en 2018 avant d’en reprendre l’organisation en 2020. J’en suis donc à ma huitième édition. Rien que ça.
Disclaimer : comme c’est la première année où je fais cette interview, je vais probablement glisser quelques anecdotes que je n’ai racontées nulle part ailleurs. Pardon d’avance si certains passages sont un peu longs.
Quels est ton parcours ludique ?
J’ai un parcours très particulier car j’ai fait du jeu de rôle sans même le savoir.
À 13 ans, j’écumais le forum écrivain de Neopets et, de fil en aiguille, nous avons rapidement monté un forum entier dédié à nos écrits avec une partie PBF (Play by Forum). Je n’avais même pas conscience que c’était du jeu de rôle.
Officieusement, j’ai donc commencé le JDR en 2003. Mais pour des raisons pragmatiques, je dis généralement que je suis rôliste depuis 2012.
Je viens aussi d’une famille où le jeu de société était très présent. Tous les week-ends ou presque, on jouait. J’ai également eu la chance de découvrir les jeux vidéo assez jeune. Je fais partie de cette génération privilégiée qui a grandi avec Diablo II et Warcraft III.
Ma première partie de jeu de rôle a eu lieu fin 2012 après avoir rejoint le forum de l’association Opale Rôliste. J’ai ensuite découvert Pavillon Noir et convaincu un MJ de lancer une campagne. Le plus drôle ? Je me suis mariée avec le MJ et nous sommes toujours dessus aujourd’hui.
Depuis, j’ai testé de nombreux jeux, des grands classiques aux productions plus confidentielles. Mais une grande partie de mon parcours est surtout liée aux conventions et festivals. Les parties courtes m’ont appris à aller à l’essentiel, à créer des scènes mémorables et à m’adapter à des publics très variés.
Et surtout à développer ma botte secrète : l’improvisation.
Donnez-moi trois ingrédients et je vous crée un scénario.
Quels jeux de rôle t’ont profondément marqué ?
Je pense que pour ceux qui me connaissent, même de loin, cela n’étonnera personne que je cite CATS! La Mascarade en premier. C’est clairement mon jeu de rôle de cœur. Après plus de dix ans à le faire jouer, il continue de m’inspirer par sa liberté, son humour et les possibilités presque infinies de scénarios qu’il offre.
Parmi les autres jeux qui m’ont marquée, il y a Fiasco. Il m’a montré à quel point une bonne histoire pouvait naître presque uniquement des relations entre les personnages et des choix des joueurs.
J’ai également adoré Passion de las Pasiones. C’est probablement l’un des meilleurs exemples que je connaisse d’un jeu où les mécaniques servent parfaitement le thème. Tout y pousse au drama, aux révélations improbables et aux retournements de situation dignes des meilleures telenovelas.
Je citerais aussi SLAM!, qui m’a suffisamment marquée pour que j’en fasse un hack quelques années plus tard. J’aime sa simplicité et sa capacité à raconter rapidement l’histoire d’un groupe confronté à des obstacles plus humains qu’héroïques.
Enfin, je terminerai par La Vie de l’Absent. C’est probablement l’une des expériences de jeu les plus touchantes que j’ai vécues. Des proches d’un défunt se réunissent pour évoquer leurs souvenirs avant de se partager quelques objets lui ayant appartenu. J’en suis ressortie avec des frissons, mais aussi avec beaucoup de douceur.
Avec le temps, je me suis rendu compte que j’aimais autant les jeux drôles et déjantés que les expériences plus intimistes et émotionnelles. Finalement, ce qui me marque le plus n’est pas un genre particulier, mais les jeux qui savent créer des souvenirs durables autour de la table.
As-tu déjà écrit ou eu envie d’écrire un jeu de rôle ? Ou participé à un projet de création ?
Je suis également autrice de jeux de rôle parmi toutes mes activités. Waaahhh, ça fait toujours bizarre de l’écrire.
J’ai longtemps eu du mal à considérer que ce que je faisais pouvait être qualifié de « vrai » jeu de rôle. Je commence peu à peu à m’habituer à cette nouvelle étiquette, je comprends donc très bien l’hésitation que certains ou certaines peuvent avoir à la revendiquer.
C’est grâce à un concours que je me suis lancée : le Game Chef 2017.
Mon premier jeu s’appelait Spirit Totem. Il a été écrit dans les dernières 24 heures du concours et, ironie du sort, il n’est toujours pas terminé aujourd’hui malgré plusieurs tentatives de reprise.
Je ne le finirai peut-être jamais. Mais je ne regrette absolument rien, parce que c’est lui qui a ouvert la porte à tout le reste.
Les concours m’ont permis de rencontrer énormément de créateurs, de découvrir les coulisses de la création et, finalement, de rejoindre plusieurs jurys (Défi trois fois forgé, UnPetitJDR, Hackathon cyberécurité, etc.). Pendant quelques années, je me suis davantage concentrée sur la lecture, les retours aux auteurs et l’organisation de projets comme D1000 & D100 ou UnPetitJDR que sur mes propres créations.
Puis en 2022, les ateliers de création des Lapins Marteaux sont arrivés.
Six mois d’ateliers, d’exercices, de théorie, de game design et de défis mensuels. C’est probablement ce qui a réellement relancé mon envie de créer. Merci Brand !
L’un de ces défis nous demandait de créer un jeu inspiré de Dune. Avec Bigyo’, nous avons alors imaginé Paùl, un jeu inspiré de For The Drama où l’univers se construit à partir des choix des joueurs. Selon vos réponses, vous pouvez aussi bien jouer dans un monde de bonbons que dans la mafia de Chicago.
Et c’est depuis ces ateliers que je me suis remise à écrire.
J’ai plusieurs projets en cours de finalisation :
- My Life Without You, un solo writing autour du syndrome du survivant (relu par plusieurs personnes qui m’ont demandé d’ajouter davantage de ressources). La joueuse y interprètent un personnage ayant survécu seul à un événement tragique. Au fil de son journal et de ses réflexions, le personnage tente de reconstruire sa vie tout en affrontant son deuil, sa culpabilité et le syndrome du survivant.
- Revenu parmi nous est un jeu narratif né de la fusion de trois thèmes d’Un Petit JDR : à distance, revivre et émotions. On y incarne un homme réanimé après sa mort qui tente de retrouver les personnes qu’il a aimées. Pour contenir sa nouvelle nature, il doit consommer des pilules qui modifient ses émotions, au risque de perdre peu à peu ce qui reste de son humanité.
- Campagne !, un hack de SLAM ! où l’on incarne l’équipe de campagne d’un candidat à une élection. Entre ambitions, convictions, scandales et coups bas, les joueurs doivent porter leur candidat à la victoire tout en gérant les tensions et rivalités qui secouent leur propre camp. (en cours de maquettage)
Sans compter que je prévois de traduire tous mes projets en Anglais et Espagnol, a quoi s’ajouter les scénarios pour CATS! La Mascarade. Et les autres idées. Beaucoup d’autres idées.
Le véritable défi aujourd’hui n’est plus tellement de commencer des projets mais d’arrêter d’en lancer de nouveaux avant d’avoir terminé les précédents. C’est pourquoi j’essaie de finaliser déjà ces trois là en Français.
Ce qui ne m’empêche pas de replonger dans d’autres projets en lisant et en avançant quelques recherches ou questionnements. Je suis quand même un poil plus disciplinée ces derniers temps. 😉
Question plus perso : À toi d'inventer une question que tu trouves qu'on ne te pose jamais, et à laquelle tu aimerais répondre.
Qu'est-ce qui te pousse encore à lancer de nouveaux projets alors que tu en as déjà tant en cours ?
Excellente question. Je crois qu’une partie de la communauté rôliste aimerait également connaître la réponse. 😄
Je pense ne pas démériter le titre de « Lanceuse de projets » que m’a attribué Régis Pannier il y a quelques années. D’ailleurs, on m’a souvent demandé si je travaillais dans le jeu de rôle pour avoir le temps de faire tout ça.
Mon esprit bouillonne assez facilement. Pour la blague, j’ai récemment demandé à ChatGPT un avis sur mes projets et il m’a répondu quelque chose qui m’a beaucoup fait rire :
« Ton problème n’est pas de ne pas finir tes projets. Ton problème est que tu en démarres plus vite que tu n’en publies. »
J’ai eu envie de protester. Puis j’ai réalisé qu’il avait probablement raison sur quelques points qu’il avait avancé.
Je repense souvent à une dentiste qui, après mon déménagement, avait demandé de mes nouvelles en disant : « Comment va cette jeune fille qui n’aura jamais assez de deux vies pour tout faire ? ». C’était il y a plus de dix ans et, honnêtement, elle avait déjà bien cerné le problème.
Plus sérieusement, je suis une personne extrêmement curieuse. J’aime découvrir de nouvelles idées, expérimenter, apprendre et voir ce qui se passe lorsqu’on met des gens autour d’un projet. Certains deviennent des jeux, d’autres des scénarios, des articles, des concours, des jams ou des associations.
Avec le temps, j’ai appris que tous les projets n’ont pas besoin d’être terminés immédiatement. Certains ont besoin de mûrir. Paùl, par exemple, a mis près de trois ans avant d’être publié. D’autres n’aboutiront peut-être jamais, et ce n’est pas forcément grave.
J’ai aussi appris qu’on ne construit pas tout seul. Le FJDRA en est un bon exemple : un projet qui me tient à cœur mais qui demande un lieu, des moyens, du temps et surtout une équipe alignée sur une vision commune.
Et puis j’aime autant aider les autres à créer que créer moi-même. C’est probablement pour cela que je me retrouve régulièrement à accompagner des associations, des festivals, des conventions ou des pôles JDR sur des sujets comme la gestion de projet, la coordination, la communication ou simplement en posant les bonnes questions.
Aujourd’hui, j’essaie de choisir davantage les projets dans lesquels je m’investis. Non pas parce que j’ai moins d’idées, mais parce que j’ai compris que mon temps et mon énergie n’étaient pas infinis.
Mais au fond, si je continue à lancer de nouveaux projets, c’est parce que j’aime construire des choses et voir ce qu’elles deviennent. Qu’il s’agisse d’un jeu, d’un concours ou d’une communauté, il y a quelque chose de magique dans le moment où une simple idée commence à vivre par elle-même.
Tu nous as fait le plaisir de rejoindre le jury de ce concours, qu’attends-tu des jeux qui vont concourir ?
De facto, les organisateurs font également partie du jury. Je le précise parce qu’on aurait pu faire le choix de séparer les deux rôles, comme le Défi Trois Fois Forgé, mais on avait tout simplement trop envie de lire vos petits jeux. 😊
Je pense qu’on voit assez vite à quel point UnPetitJDR et la création me tiennent à cœur. Je suis extrêmement fière de savoir que des auteurs se sont lancés grâce à cette initiative.
Quant aux jeux, je n’attends pas qu’ils soient parfaits. J’attends surtout d’être surprise.
Un jeu peut être maladroit techniquement mais proposer une idée que je n’avais jamais vue, un angle original ou un système particulièrement malin. J’aime les jeux qui savent pourquoi ils existent et qui ont une proposition claire. Quand chaque règle, chaque choix d’écriture et chaque mécanique servent l’expérience proposée, même un très petit jeu peut devenir mémorable.
Je suis également très sensible à l’agentivité des personnages. J’aime que les joueurs puissent interpréter, personnaliser et s’approprier leur rôle. À l’inverse, un personnage trop figé ou un parcours trop balisé me donnera rarement envie de dire « wahou », même si l’idée de départ est excellente.
Est-ce que tu as des conseils pour les participants, que ce soit sur la rédaction en terme de lectures, théories, mécanismes et Cie, ou bien sur la suite à donner après avoir créé leurs petits jeux de rôles ?
Je vais citer Fabien Olicard sur ce point, parce que c’est quelque chose que j’aurais aimé entendre plus tôt :
Un vaut mieux que zéro.
Mon premier conseil est donc très simple : terminez votre jeu.
Il ne sera peut-être pas parfait. Il manquera peut-être un détail ou une idée que vous auriez aimé développer davantage. Mais ce concours existe justement pour ça. En respectant les critères, vous recevrez plusieurs retours de jurés aux sensibilités différentes qui vous permettront ensuite d’améliorer votre création.
Mon deuxième conseil est plus pragmatique : relisez le règlement et utilisez le compteur de mots mis à disposition. Les contraintes font partie du jeu et il serait dommage de perdre vos retours pour un simple oubli sur la limite des 500 mots. N’hésitez pas non plus à poser vos questions sur le Discord ou à échanger avec les autres participants.
Troisième conseil : faites relire votre texte. Quelques fautes ne sont pas dramatiques, mais un texte soigné est toujours plus agréable à lire. Si vous le pouvez, demandez également des retours à d’autres personnes avant la soumission.
Ensuite, faites jouer votre jeu. Le playtest reste l’un des meilleurs moyens de savoir si votre proposition est claire, complète et amusante à jouer. Et profitez-en pour lire d’autres jeux, notamment ceux issus de concours ou de jams : ce sont souvent de formidables laboratoires d’idées.
Enfin, gardez une chose en tête : UnPetitJDR n’est pas une fin en soi.
Votre jeu pourra évoluer, être publié sur itch.io, devenir un projet plus ambitieux ou simplement vous donner envie d’écrire le suivant. Beaucoup d’auteurs ont commencé par un petit jeu écrit pour un concours.
Alors prenez du plaisir à créer. C’est probablement le conseil le plus important de tous. 😊
Merci pour cette interview Kinayla !
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